J'aime le kitsch religieux.

Publié le par Rodolphe

Bon, point trop n'en faut. A trop traîner chez les trafiquants de saintes vierges en plastique, on finirait par faire une overdose de pétales de roses. L'exigence radicale du coeur intérieur se marie mal avec la mièvrerie made in taïwan...Cependant il serait réducteur de ne voir que le mauvais goût et la bigoterie sulpicienne dans les expressions de la piété populaire que sont les images pieuses et autres statuettes en pvc. Prenons pour exemple cette représentation de Saint Antoine de Padoue portant l'Enfant Jésus. A travers l'accumulation de clichés éculés, la mollesse peu virile du saint figurant la douceur, la blondeur scandinave du jeune Messie, les auréoles à la circularité parfaite, le bleu limpide du ciel et la blancheur des fleurs de lys, ne discerne t-on pas aussi un je-ne-sais-quoi de proprement chrétien, une qualité de lumière, une fraîcheur bienfaisante, une densité des textures, une paisible candeur enfin, que l'âme pratiquant l'oraison identifie immédiatement comme quelque chose de la présence indicible du Bien-Aimé ? Presque comme on reconnaîtrait un parfum à la fois léger et entêtant, capiteux et suave, la bonne odeur du Christ ? Il en va ainsi de bien des représentations dont la naïveté maniérée ferait hurler l'esthète en quête d'épure, et qui finalement, dans leur simplicité, parviennent à leur humble manière à dire quelque chose du Mystère qui est au delà des mots et des représentations. Enfermer la quête artistique de l'absolu dans ce seul type de figure serait en fin de compte nier cette quête au profit d'un académisme de bazar pieux, mais lorsque l'on considère ces images dans le panorama global de l'art sacré, on est surpris de découvrir qu'elle ont leur place, et mieux : leur pertinence.

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Edmond Prochain 20/04/2009 22:42

Moi aussi, j'aime bien.
Ne serais-ce que parce qu'il faut une foi solidement ancrée pour l'accommoder de trucs d'aussi mauvais goût !! Mais ça sent bon les petites images de chez Grand-Mère, les vieux rameaux de laurier flétris, les prières candides qui disent l'essentiel sans s'embarrasser de concepts...
De même que j'aime le charme suranné des petites voix chevrotantes qui te parlent du "bon Dieu" avec respect, j'aime ce kitschouille. Et j'aime qu'on dise qu'on l'aime.