Maître...Où demeures-tu ?

Publié le par Rodolphe

Qui n'a pas déjà posé cette question ? Comme la posent les deux premiers disciples, irrésistiblement attirés par Jésus qui passe, prêts à tout quitter simplement pour demeurer avec Lui...Mais bien souvent aussi, cette question, nous la posons parce qu'accablés par la tristesse, la maladie, le deuil, les injustices et tribulations de ce monde, nous sommes saisis par l'angoisse et le doute, et nous cherchons la présence du Bien-Aimé, semble-t-il sans la trouver...Maître, où demeures-tu ?! Parfois encore, lorsque notre intelligence est purifiée par l'Esprit-Saint des images et des systèmes confortables où nous croyions pouvoir circonscrire Dieu, nous sommes désorientés de ne plus Le trouver là où nous L'avions "rangé", nous sommes délogés de notre sécurité, de nos habitudes, de nos repères...Mis au désert, comme André et Jean auprès du Baptiste ! Là aussi, la question monte en nous puisque nous ne savons plus : "Maître, où demeures-tu ?"
Je crois que Jésus aime que nous nous adressions à Lui ainsi, qu'en toutes circonstances nous Lui manifestions notre soif, notre désir de nous tenir près de Lui, notre besoin de Son secours et de Sa miséricorde, notre volonté enfin de laisser là nos conceptions pour pénétrer plus avant le Mystère où Lui seul peut nous introduire...Jésus aime que nous Le cherchions, que nous Le questionnions, que nous ne soyions pas avec Lui comme ceux qui savent, qui possèdent, et qui s'endorment sur leurs acquis. Il ne veut pas que nous soyions des petits bourgeois religieux, mais des pauvres dans la foi.
La foi, ce n'est pas une certitude arrêtée, c'est une dynamique de l'amour. C'est pourquoi le Maître ne répond pas à nos appels en satisfaisant immédiatement nos désirs, comme des enfants gâtés. Il nous invite à nous mouvoir, à désirer encore plus : "Venez et voyez". C'est parce que vous venez, que vous verrez. C'est encore une fois le mouvement de l'Alliance que Dieu ne cesse de proposer à Son peuple, Alliance qui se noue dans notre acceptation de lâcher "notre pays, notre famille et la maison de nos pères" (Gn 12,1), c'est à dire finalement tout ce qui nous est connaturel, pour nous déployer dans une dépendance radicale à Son égard. Se déployer dans la dépendance, une folie prenant le contrepied de toute la pensée du monde, qui ne connait que des dépendances qui détruisent et des indépendances qui déssèchent...

Folie que Jean et André, et tant d'autres à leur suite, ne semblent pourtant pas regretter d'avoir choisie, puisqu'il n'ont plus quitté l'Agneau après que répondant à leur soif ardente, Il leur eut montré "où il demeurait" (Jn 1, 39).


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