IMMANOU-EL...Dieu au dedans.

Publié le par Rodolphe

Des échanges récents, principalement sur Facebook, m'ont appris énormément sur la vision que mes contemporains pouvaient avoir sur le Dieu de la révélation chrétienne, sur la figure de Jésus, le Christ. Je ne ferai pas le détail de ces divers point de vue, ni l'analyse des raisons ayant conduit à ces manières de voir, mais il ressort de tout cela que Dieu, le Dieu de l'aventure judéo-chrétienne, apparaît très nettement comme une instance extérieure à soi, lointaine, vécue comme contraignante, pour ne pas dire contraire à la liberté des individus. Tout ceci étant affirmé comme évident et acquis, et mis souvent en opposition avec l'idée d'une spiritualité personnelle, intérieure, "douce", adaptée. Quête spirituelle immanente contre religion dogmatique établie, pourrait-on dire. Comme il est difficile de répondre à chacun, je me permets simplement de vous faire part de ce que quelques années de prière et de réflexion m'ont appris sur la question, en me basant sur la personne de Jésus, tel qu'il nous est dévoilé par les Ecritures.
Dès le début de l'Evangile, en écho à une prophétie de l'Ancien Testament, le Christ est présenté comme "l'Emmanuel", que l'on traduit généralement par "Dieu avec nous". Bien que belle, cette traduction du vocable hébreu "Immanou-El" peut être comprise de manière superficielle et ne rend pas pleinement justice à ce que dit ce mot, tellement passé dans les moeurs que nous en avons fait un prénom et même un diminutif. La racine "Immanou" nous a également donné le mot "immanent", dont voici la définition que donne wikipédia : " Qui existe, agit à l’intérieur des êtres d’une manière continue, constante, par opposition à ce qui agit sur eux extérieurement, d’une manière transitoire. "
Immanou-El, c'est "Dieu au dedans" de nous. Aux fondations de l'expérience chrétienne, il y a bel et bien cette révélation de la divinité présente et agissante au coeur de chacun. Ceci ouvre un terrain de dialogue, non seulement avec les spiritualités d'orient et les religions traditionnelles qui ont pressenti cela, mais encore avec toute la nébuleuse de religiosités contemporaines communément rassemblées sous la dénomination "New-Age", qui mettent l'accent avec raison sur ce divin immanent à redécouvrir, sur l'étincelle divine que chacun porte en lui, sur ce visage de Dieu que nous sommes tous...La distinction, et elle est de taille, étant que le Christ présent au coeur de chacun ne propose pas une dissolution fusionnelle de soi dans un divin cosmique impersonnel, mais une union personnelle d'amour, une Alliance.


Ce qui est très surprenant, c'est que la présence intérieure de ce Dieu qui a pris chair dans la personne de Jésus de Nazareth est annoncée, rappelée, explicitée en long, en large et en travers, sous des formes allant de la métaphore symbolique à l'exposé théologique en passant par le simple énoncé, dans cette compilation de livres qu'on appelle la Bible. Ce dont je suis en train de parler n'est pas un mystère initiatique réservé à quelques élus triés sur le volet. On peut dès lors se demander la raison pour laquelle au terme de 2000 ans d'histoire chrétienne, l'accent est si souvent mis, que ce soit par les croyants ou les non-croyants, sur un Dieu absolument transcendant, imposant depuis un Ciel lointain et hypothétique des diktats arbitraires auxquels un pauvre peuple de moutons ignorants serait sommé d'adhérer aveuglément...Ce n'est pas ici le lieu de refaire l'Histoire des hommes et des chemins tortueux de leur pensée, mais je suis de plus en plus persuadé que la raison pour laquelle nous loupons aussi majestueusement le coche  est très simple : nous avons peur.
Nous nous construisons une terrifiante divinité qui nous oppresse, devant laquelle nous nous prosternons ou contre laquelle nous nous révoltons. A travers l'Histoire elle a porté bien des noms et revêtu bien des masques, mais elle n'est finalement que le signe  de notre fuite devant le seul vrai Dieu. Nous sommes morts de trouille devant Sa Présence intérieure, constante, pauvre, fragile mais plus insistante qu'un mendiant qui tape à la fenêtre de notre coeur. Nous nous tenons à l'extéreur de nous même, de notre Maison, parce qu'"Immanou-El" : Dieu est dedans. Nous en faisons un juge lointain, incapable de comprendre les aléas de nos pauvres existences, pour ne pas voir qu'Il est plus proche de nous que nous ne le sommes nous même. Nous nous construisons des rôles invraisemblables, des chateaux de cartes monumentaux pour avoir l'air de quelque chose face au Père terrible que nous imaginons, et cela ne sert à rien du tout puisque l'Eternelle et tendre Lumière est au dedans depuis toujours, elle nous connaît de fonds en comble, et, chose affreuse : elle nous aime tels que nous sommes. Toutes nos stratégies, négociations et révoltes sont vaines. Aïe !

Immanou-El, Dieu est dedans, et il nous appelle à revenir, sans cesse. C'est, déjà, le thème de la Terre Promise à Abraham et au peuple d'Israël, non tant un lieu géographique qu'une terre spirituelle vers laquelle il faut se mettre en marche, abandonnant en chemin idoles et certitudes. C'est encore le Temple, et la grandiose construction de main d'homme n'est que le signe de la Demeure Immortelle de Dieu au coeur de nous-même, lieu de Présence où Il veille et nous attend. Le Temple, dont Saint Paul dit qu'il n'est autre que notre corps, notre pauvre corps, lieu de toutes les luttes jusqu'à la dernière, corps qui nous embarrasse tant, que nous méprisons, considérons comme un véhicule ou un moyen d'obtenir de la jouissance, alors qu'il est le lieu de notre présence au monde, demeure que Dieu a choisie, en Jésus et en nous à sa suite, pour se rendre présent aux hommes, les rappeler à leur réalité profonde et les sauver par cet amour qui ne s'exprime, pour nous, que par le corps...Immanou-El, c'est enfin l'image de la Jérusalem Céleste, pure intériorité qui ne connaît de lumière que Celle de l'Amour qui se donne jusqu'au bout. Pas de réalisme plus grand que celui-ci, aux antipodes des divinités idéales et étouffantes que nous nous sommes construites :

Immanou-El, Dieu au plus profond de nous même
, Dieu qui nous appelle à traverser nos ténèbres et ce qui nous effraie pour le rejoindre, goûter Sa présence en ce lieu où nous pouvons être, en vérité, qui nous sommes. Afin de demeurer dans Sa Lumière, Sa Présence, Son Amour, au delà de toute peur. Amen !



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Davy 16/02/2010 23:26


J'ai été chrétien avant de devenir athée...les idées toutes faites, on me les a inculqué...et ça continue encore...crois tu vraiment que tous les chretiens aient la même vision que toi ? Qui plus
est l'Eglise officielle ? Je ne créée pas la polémique, je me contente de la montrer du doigt....


Rodolphe 17/02/2010 18:33


Que tous les chrétiens aient la même "vision" que moi, je suis sûr que non, et c'est heureux : cela s'appelle la diversité : chacun a un regard unique sur le visage de Dieu, à compter du moment où
il entre dans une relation singulière à la transcendance. Pour ce qui est de la position de l'Eglise "officielle" (j'ignorais qu'il en existait une officieuse) sur le sujet que j'aborde, pour ne
parler que des catholiques : c'est le fondement même du mystère de l'Eucharistie, ou de celui de la Pentecôte. Sur le sujet si tu te sens d'attaque (parce que ça ne se lit pas tout à fait 
comme un "Fantômette"), je te conseille de jeter un coup d'oeil au "Jésus de Nazareth" de Joseph Ratzinger aka Benoît XVI. ça parle exactement de cela, et tu trouveras je pense difficilement plus
officiel.

PS : moi aussi j'ai été chrétien avant de devenir athée.


Davy 15/02/2010 13:53


Je doute qu'une frange assez importante des chretiens soit d'accord avec toi...le Vatican en tête ;) !


Rodolphe 16/02/2010 19:49


D'une part : Pourquoi TOUJOURS tout ramener sur le terrain de la polémique, surtout sur un blog dont, à aucun moment, ce n'est le propos ? D'autre part : rien de ce que j'écris ici n'est étranger à
la théologie chrétienne la plus basique. Est-ce que ça ne serait pas plutôt toi qui aurais des idées toutes faites ?


Aelred-Emmanuel 28/12/2009 09:54


Merci Rodolphe pour cette belle méditation. Nous avons des amis communs sur Facebook et c'est de là que je suis parvenu sur votre page puis votre blog. Je retrouve la profonde pensée de Maurice
Zundel "Tu étais dedans, moi j'étais au dehors" sur la grande découverte de St Augustin. Et en même temps, je ne voyais pas toutes les possibilités de mon prénom Emmanuel :)  Il illustre bien
cette vision révolutionnaire de Dieu que Zundel m'a fait découvrir.

Bon Noël à vous !


Rodolphe 03/03/2010 08:03


Résolution pour 2010 : découvrir Maurice Zundel, depuis le temps qu'on m'en dit du bien :-)
Merci de l'intérêt que vous portez à mon blog, merci encore de le faire connaître si vous estimez qu'il puisse faire quelque bien.

Avec vous, dans l'union de prière.


Jean-Claude Barbier 22/12/2009 08:50


Merci pour ce très bel article et bonjour au jeune Imanou, qui était l'annonce à un roi, par un prophète, comme quoi un rejeton allait naître de sa semence. Jean-Claude


Rodolphe 23/12/2009 02:44


merci à vous, et saintes fêtes de Noël :-)


ANNEMARIE 09/11/2009 19:51


MAGNIFIQUE MUSIQUE! CA DONNE DES FRISSONS TELLEMENT C'EST BEAU
MERCI!


Rodolphe 12/11/2009 20:50


De rien...L'album est intégralement en écoute ici : http://www.deezer.com/en/home#music/sequentia/hildegard-von-bingen-canticles-of-ecstasy-108161