"Si tu es Fils de Dieu"...Vertige.

Publié le par Rodolphe

vertige-terrasse-ramette.jpg"Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé." (Lc 4, 9-13)

On pourrait à première vue lire en cette tentation une évocation des formes diverses, collectives ou personnelles, d'autodestruction par lesquelles l'homme peut être tenté, souvent aveuglé quand au résultat par un sentiment de toute-puissance qui lui fait croire que "ça n'arrive qu'aux autres", que "rien n'arrivera", que ses actes sont sans conséquence et que sa responsabilité n'est pas engagée dans son agir. Complexe basique, qui se décline sous de multiples formes, de la course aux armements à la "malbouffe" en passant par l'usage de drogues, les atteintes à l'environnement ou la conduite en état d'ivresse. Cependant s'en tenir à cette interprétation, qui n'est pas erronnée, c'est s'arrêter à une lecture morale du texte, lecture qui ne s'intéresse qu'à des symptômes, face auxquels nous pourrions nous sentir impuissants, voire stérilement coupables. Il faut regarder en amont et Saint Luc nous donne pour cela quelques clefs...Comprenons d'abord que nous avons dans ce passage affaire à une symbolique de la vision, telle que la Bible en propose souvent, notamment dans les apocalypses, et tentons de voir ce qu'il est possible de déchiffrer à cette lumière.

Le diable place Jésus au sommet du Temple...Au delà de l'édifice religieux, le Temple désigne le lieu de la présence de Dieu, la personne humaine et son intériorité où repose l'Esprit Saint. À la lumière de la révélation chrétienne, le sommet en est la relation d'amour filiale à Dieu, relation fleurissant dans l'adoration du Père bien-aimé. Autant dire que s'il est un lieu où le démon n'a pas accès, lui qui vit en rupture définitive d'alliance, c'est bien celui là : il ne peut proposer qu'une contrefaçon, une exaltation de soi qui conduit à un suicide spirituel..."Jette-toi en bas" : cette apostrophe renvoie très clairement à la thématique de la chute, qui signifie dans l'écriture une négation de la primauté de Dieu, un refus de la contemplation et un rejet de l'amour. Se "jeter en bas" du Temple, c'est perdre le sens de sa finalité, renoncer à la Sagesse qui pacifie le coeur en ordonnant tout à la Bonté du Dieu Créateur et Père, source et cause finale de toute vie et de tout être. C'est encore une fois une tentation d'orgueil : puisque tu es fils de Dieu, oublie que tu es ordonné à une fin, il ne t'arrivera rien ! Ce défi lancé à Dieu est comme le caprice d'une humanité régressant au stade infantile et se condamnant elle-même...



La réponse de Jésus nous renvoie à la crainte de Dieu. La crainte...Voilà bien un mot que la "spiritualité" de ce monde ne supporte pas ! Il ne s'agit pourtant pas, comme le murmure le serpent, de la crainte servile dont il faudrait s'émanciper, ni de la peur du châtiment, cet épouvantail qui étouffe l'amour. La crainte de Dieu, c'est l'attitude à la fois émerveillée et infiniment respectueuse de petits enfants qui savent que leur Père Céleste est tellement plus grand que tout ce qu'ils peuvent connaître ou imaginer, que rien n'est au dessus de Lui, et qu'il est fou et vain de chercher à se substituer à Lui. La crainte de Dieu nous remet à notre juste place et nous libère des servitudes mondaines qui sont autant de "jette-toi en bas"...La réplique du Christ, qui cloue définitivement le bec de Satan, trouve écho dans la question de l'archange victorieux :

"Qui est comme Dieu ?"

679px-Kramskoi Christ dans le désert



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