"Si tu es Fils de Dieu"...Désir.

Publié le par Rodolphe

pt65923.jpgLa première tentation de Jésus au désert peut-être reçue comme un enseignement sur les désirs et les appétits qui parcourent notre existence. Confronté de la manière la plus réaliste et concrète qui soit à la faim, le Christ entend le démon lui suggérer : "si tu es Fils de Dieu, change ces pierres en pain..."

Le désir est une puissance de vie, il est la force intérieure qui nous meut vers les biens qui nous attirent. Un homme dont la capacité à désirer s'est éteinte, comme cela se rencontre par exemple dans les dépressions, est réduit à une vie infra-humaine, végétative : il n'attend plus rien, n'espère plus rien, sa faculté même à éprouver des sentiments est comme étouffée...Le désir est l'impulsion qui nous sort de nous-même pour nous faire aller vers l'altérité, perçue comme un bien, une fin.

Cependant le désir ne tolère pas de demi-mesure : pour que nous soyons conduits aux biens qui nous finalisent pleinement dans toutes les potentialités de notre être, il exige que nous allions au bout de sa dynamique, qui est don, extase, au sens de "sortie de soi". Pour que je rejoigne ma finalité le désir implique que je me quitte, que je comprenne que je ne suis pas le centre de gravité, le noyau ni même la source du désir qui m'anime, mais que c'est l'autre qui m'attire : le désir est à la fois appétit de l'altérité, et accueil de celle-ci.

Un désir auto-centré est toujours un désir détourné de sa fin véritable, et devient une puissance mortifère conduisant la personne à l'effondrement, à l'implosion à l'image de ces étoiles qui, cessant de projeter leur énergie et leur lumière vers l'extérieur, se mettent au contraire à tout aspirer vers leur centre, jusqu'à s'effondrer sous leur propre masse et devenir des astres morts, des trous noirs aux abords desquels toute vie est impossible et toute clarté s'éteint.



C'est le jeu de dupe que nous propose le démon en nous invitant à rendre notre désir (capacité d'aimer qui nous rend capables d'être fils de Dieu), relatif exclusivement à la satisfaction des besoins de notre chair, de notre affectivité, de notre ego, dans une logique de consommation dont je suis l'alpha, l'omega et le centre. Comprenons bien : il ne s'agit pas de nier ces appétits, de les refouler, ce qui nous ferait entrer dans une dynamique, tout aussi infernale, d'exaltation spirituelle, de négation de la matière et de notre corporéité (on reconnaît là maintes dérives religieuses, et aussi le fondement de pathologies "modernes" telles que l'anorexie), mais de les situer dans une relation juste à soi et aux autres.

C'est pourquoi le Seigneur Jésus, répliquant au tentateur, ne condamne rien des appétits humains, mais les rectifie et les ordonne à la Parole essentielle de ce Tout-Autre qui suscite notre désir et, comme tel, est seul à pouvoir y répondre en plénitude :

"Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Matthieu 4, 4)


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