Voici l'Agneau...(sur Jn 1, 29-34)

Publié le par un chrétien

agneau-copie-1.jpgPar deux fois, Jean-Baptiste le répète : "je ne le connaissais pas"...Qui pourtant, parmi ceux qui se tiennent ce jour-là au bord du Jourdain, peut se vanter de mieux connaître Jésus que lui, dont Luc nous dit que dès le sein maternel il tressaillit de joie en reconnaissant le Sauveur ? Peut-on imaginer que le Baptiste ne soit pas familier de Jésus, alors qu'il est son parent, alors que sa famille partage avec la sainte famille de Nazareth le secret de l'origine du Christ ? Et pourtant : "je ne le connaissais pas"...On devine l'accent de surprise, presque d'abasourdissement dans la voix du prophète, et peut-être devrions nous en nous-même interroger saint Jean-Baptiste, comme la séquence du dimanche de Pâques interroge Marie-Madeleine : "qu'as tu vu en chemin" ? Qu'a vu l'homme du Jourdain, quelle fenêtre ouverte sur le Ciel ? Que faut-il, pour qu'un homme chargé d'annoncer le Messie, la Lumière qui vient dans le monde, et qui s'acquitte de cette tâche avec autorité et ferveur, admette soudain, en Le reconnaissant, qu'il ne savait rien de Celui qu'il annonce ?


L'évangile nous montre Jean comme "saisi" par la figure de "l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde"...C'est peut-être là,  la révélation qui plonge Jean dans la stupeur : lorsque, à la suite de tout le peuple, Jésus vient à lui pour recevoir le baptême de conversion, qui préfigure le baptême "dans le feu et l'Esprit-Saint", Jean sait que Jésus n'a aucun besoin de se convertir : Il est le Saint, l'Immanou-El, Dieu au milieu de nous. Et pourtant, Jésus le dit, c'est ainsi qu'il "convient d'accomplir toute justice" : il faut qu'Il soit plongé dans cette eau qui est comme "chargée" des péchés de tout le peuple, il faut qu'Il s'identifie, personnellement, à chacun des pauvres pécheurs venus pour être purifiés et renouvelés dans le Jourdain, il faut qu'Il prenne sur lui la charge des fautes d'Israël...Le Jourdain, comme une annonce de la Croix où Jésus réalisera cela en plénitude, une fois pour toutes et pour toute l'humanité : pénétrant ce Mystère, Jean découvre en Jésus l'Agneau, figure transversale de toute l'Ecriture, qu'Israël espère depuis la question inquiète d'Isaac (Gn 22, 7) : "où est l'agneau pour l'holocauste ?" Où est Celui qui, en s'offrant, pourra pleinement accomplir ce que la liturgie du Temple annonce : la pleine et définitive restauration de l'alliance de l'homme avec Dieu ?

 

Jean-Baptiste qui proclamait la venue imminente d'un messie terrible qui accomplirait la purification de son peuple dans le feu, est totalement pris de court par Celui qui s'avance vers lui, et en qui il reconnaît la figure d'un Dieu humble et vulnérable, d'un Dieu doux et prévenant qui se fait serviteur des plus accablés, se chargeant Lui-même du poids qui les écrase, se livrant de toute l'immensité de Son innocence pour que nous soyons libérés...Jésus est l'Agneau qui se livre tout entier à chacun, pour que, faisant toujours d'avantage l'expérience de la tendresse, de la sollicitude et de la douceur de Dieu, spécialement pour les plus blessés, chacun, quel qu'il soit, quels que soient sa foi, sa culture, sa vertu ou son péché, puisse dire : "je ne le connaissais pas", puisse accepter de Le rencontrer tel qu'Il est, accepter de se laisser réconcilier avec Lui, qui nous aime tels que nous sommes et inlassablement nous attend pour nous donner Sa vie.

 


 

Commenter cet article