Journal de Martinique part 2

Publié le par Rodolphe

Samedi 17/01, 7h47.
Je suis réveillé depuis 4h30. La nuit était encore noire, des bêtes non-identifiées galopaient sur le toit du bungalow où nous avons dormi. Allongé dans le noir, j'ai dit un chapelet, en moi se diffusait une joie sereine, profonde, presque physique...Une joie venue de loin, et qui semblait vouloir embraser tout le champs de mon expérience et de mes souvenirs; une joie simple et très lumineuse dont je percevais à mesure qu'elle se répandait en mon coeur, que je la connaissais déjà, et qu'elle avait été de tous les moments véritablement joyeux de ma vie, depuis l'enfance. Puis il s'est mis à pleuvoir, je suis sorti du bungalow faire quelques pas et m'étirer. C'était une magnifique averse tropicale, dont l'intensité m'a un moment fait craindre pour le concert de ce soir. Elle s'est prolongée pas loin d'une heure, tandis que se levait le jour. Je me suis lavé les pieds dans la rigole creusée par l'évacuation des cheneaux...Simultanément à la joie je ressens une lutte en moi. L'exigence de lâcher-prise imposée ici par l'évidence de la primauté du réel, de l'être comme à son état natif est à la fois un repos, et un combat contre tous les replis accumulés, replis affectifs, psychologiques, imaginaires, repli de l'orgueil qui voudrait me faire source des choses, repli sur de vieilles blessures dues aux drogues et à la dépression...Ici je me déploie - je devrais dire : la réalité me déploie - et c'est par moments douloureux pour ma carcasse crispée sur tant de néfastes habitudes. Qu'importe, quoiqu'il advienne le réel est vainqueur par KO : je suis profondément en paix.
Hier nous avons tranquillement fait du tourisme. Mangé sous des bâches en bord de plage. Piqué une tête dans la baie de St Pierre. Visité la distillerie Depaz. Traversé la forêt tropicale qui couvre la région montagneuse du nord de l'île, sur une départementale aux frontières du praticable, pour découvrir au bout de la route, après quelques centaines de mètres de marche à pied sur un sentier boueux, une plage de sable noir quasi déserte, enfoncée entre deux vertigineuses falaises recouvertes d'arbres tropicaux, cocotiers, palmiers, caoutchoucs gigantesques et autres palétuviers. Nous avons atteint la plage juste avant le crépuscule et c'était un de ces moments où l'intelligence a un peu de mal à imprimer ce que les sens lui transmettent...L'écume était comme embrasée en s'écrasant contre le roc, le soleil disparaissait derrière les nuages, balayant le ciel d'une courronne de lumière dorée. D'imposantes vagues se déroulaient avec majesté pour achever leur course sur le sable brun sombre...Nous observions un religieux silence tandis que se révélait à nos yeux un spectacle venu du commencement du monde. Il ne manquait que les brachiosaures et les ptérodactyles.
Puis nous nous sommes précipités à l'eau pour profiter des belles vagues s'écrasant en rouleau sur la plage, et nous avons barboté comme des mômes pendant les quelques minutes qu'il a fallu au soleil pour se coucher, avant de reprendre le chemin de la voiture, pas enchantés à l'idée de parcourir la route sinueuse et accidentée en pleine nuit. De retour au Carbet, nous avons fait un saut sur le site du festival. En bord de mer, la scène est plutôt imposante et surplombe une vaste esplanade encerclée de stands et de bâches.  On attend pas mal de monde...Quelques ti-punch, une improbable flamenküche et un fou-rire d'anthologie plus tard, dodo.

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